- Une split sheet dit qui a écrit un morceau et quelle part de l'œuvre revient à chacun. Une page, signée par tout le monde.
- Remplis-la le jour où le morceau est écrit, et au plus tard avant la sortie.
- Elle porte sur l'œuvre (musique et paroles), pas sur l'enregistrement.
- Ta déclaration Sacem et les crédits de la sortie doivent la reprendre à l'identique.
- Le modèle gratuit est juste en dessous : un PDF à imprimer ou à remplir, un DOCX à modifier.
La plupart des embrouilles de parts ne viennent pas de l'appât du gain. Elles viennent de la mémoire. Trois personnes en studio, un refrain écrit à deux heures du matin, une prod envoyée par email des mois avant, puis un morceau qui se met à tourner. À ce moment-là, plus personne ne se souvient de la même chose, et l'argent attend que tout le monde soit d'accord. Une split sheet règle la question pendant que chacun s'en souvient encore.
Le beatmaker est celui qui a le plus à perdre. Tu n'es souvent pas dans la pièce quand le morceau s'écrit : l'artiste a pris une licence sur ta prod, a écrit dessus et l'a sortie. Si personne ne note ta part, l'œuvre est déclarée sans toi.
Split sheet, PDF (A4, une page) à imprimer ou à remplir avec n'importe quel lecteur PDF, ou la version DOCX à modifier dans Word, Google Docs ou Pages. Version anglaise au format US Letter : PDF.
Ce qu'est une split sheet (et ce qu'elle n'est pas)
Une split sheet, ou feuille de répartition, est un court accord écrit entre les personnes qui ont écrit un morceau. Elle liste chaque créateur, son rôle (auteur des paroles, compositeur de la musique, ou les deux) et sa part de l'œuvre. Tout le monde la signe.
Trois choses qu'elle n'est pas :
- Pas une déclaration. Personne n'est payé parce qu'une split sheet existe. L'œuvre doit être déclarée à la Sacem (ou à la société de chacun), avec les chiffres de la feuille.
- Pas l'enregistrement. Le master, l'audio lui-même, est un droit à part, qui appartient le plus souvent à l'artiste ou à son label. Qui le possède, et si le beatmaker touche des royalties dessus, relève de la licence ou d'un contrat de production. Le modèle a une petite case facultative pour le noter, rien de plus.
- Pas une licence. Ta licence dit ce que l'artiste peut faire de ta prod. La split sheet dit à qui appartient le morceau qui en est sorti. Les deux doivent dire la même chose.
Quand la remplir
Le meilleur moment, c'est la session où le morceau s'écrit, quand tout le monde est encore là. Le dernier moment acceptable, c'est avant la sortie. La Sacem dit la même chose pour la déclaration : déclarer dès que le titre est définitif, que tous les participants sont identifiés et que le partage des droits est finalisé, et le plus tôt possible avant la première écoute ou diffusion (guide de déclaration en ligne de la Sacem, octobre 2024).
Avec une prod louée, tu seras rarement en session. Intègre-la au deal : quand un artiste te dit qu'un morceau sur ta prod va sortir, envoie-lui la feuille avec le titre du beat et ta part déjà remplis, et demande-lui de compléter le reste. La licence existe déjà, c'est un email de plus.
Ce qu'on met dans une split sheet
Le modèle a trois parties : le morceau, les créateurs et leurs parts, puis les samples et le master. Voici à quoi sert chaque champ.
| Champ | Pourquoi |
|---|---|
| Titre et autres titres | Les déclarations se rapprochent par le titre. Noter les titres de travail et les versions évite deux fiches pour un seul morceau. |
| Beat utilisé | Titre, beatmaker, numéro de licence ou de commande : ça relie le morceau à ta licence. |
| Nom légal | Le nom sous lequel on signe et on paie. Certains distributeurs l'exigent pour les crédits de compositeur : DistroKid demande le vrai nom des auteurs-compositeurs. |
| Nom d'artiste | Le nom que tout le monde connaît, pour savoir qui est qui. |
| Rôle | Auteur (paroles), compositeur (musique) ou les deux. À la Sacem, une partie des droits se partage entre auteurs et compositeurs : le rôle change l'argent. |
| Part % | Le cœur de la feuille. Tous les créateurs ensemble : exactement 100 %. |
| Société et n° IPI | L'IPI Name est, pour la Sacem, un identifiant à 11 chiffres attribué à chacun de tes pseudonymes. Il permet aux sociétés de différents pays de reconnaître la même personne. |
| Éditeur | L'éditeur qui gère la part éditoriale de ce créateur, ou « aucun ». |
| Signature et date | Sur papier ou avec un outil de signature électronique. Une feuille que personne n'a signée, c'est un brouillon. |
| Samples et boucles | Chaque sample ou boucle d'un tiers présent dans le morceau, sa licence ou son autorisation, et la part ou le crédit dû à son propriétaire. |
| Master (facultatif) | Qui possède l'enregistrement, et la référence des royalties producteur ou de la licence s'il y en a. |
Se mettre d'accord sur les pourcentages
Aucune société de gestion ne les fixe à ta place. Trois points de départ :
- Parts égales. Chaque personne qui a écrit reçoit la même part. Simple, rapide, et personne n'a à mesurer qui a écrit le plus du refrain.
- Musique et paroles à moitié. 50 % pour la musique, 50 % pour les paroles, chaque moitié partagée entre ceux qui l'ont écrite. C'est la logique de la Sacem pour les droits d'exécution d'une œuvre sans éditeur : moitié aux auteurs, moitié aux compositeurs.
- Selon l'apport. Des parts qui suivent qui a écrit quoi. Plus juste sur le papier, plus long à négocier.
Voici ce que donnent les deux premières sur un morceau de rap simple. Le beatmaker a fait la prod. L'artiste a écrit les couplets. Un deuxième auteur a écrit le refrain, paroles et mélodie.
| Créateur | A écrit | Parts égales | Musique et paroles à moitié |
|---|---|---|---|
| Beatmaker | La prod | 33,34 % | 25 % (moitié de la musique) |
| Artiste | Les couplets | 33,33 % | 25 % (moitié des paroles) |
| Coauteur | Le refrain, paroles et mélodie | 33,33 % | 50 % (moitié de la musique, moitié des paroles) |
| Total | 100 % | 100 % |
Aucune colonne n'est la bonne. C'est un exemple de l'écart que crée la méthode, et c'est pour ça qu'il faut s'accorder sur la méthode avant les chiffres.
Deux cas tranchent une partie de la question avant même d'en parler :
- Une prod louée. Relis ta licence d'abord. Elle indique peut-être déjà la part de l'œuvre que tu gardes en tant que beatmaker. La split sheet doit la reprendre ; si la licence ne dit rien, mettez-vous d'accord avant la sortie, pas après.
- Samples et boucles. Si la prod contient un sample d'un morceau existant, ses auteurs et éditeurs ont droit à une part, à négocier avec eux. Les boucles achetées à d'autres beatmakers ont aussi une licence : lis-la, certaines demandent un crédit ou une part quand un morceau sort commercialement. Note les deux sur la feuille. Ce qu'on peut utiliser sans risque est détaillé dans où trouver des samples à vendre.
Ce que la Sacem fait de tes pourcentages
À la Sacem, tes pourcentages ne s'appliquent pas à tout de la même façon. Il y a trois familles de droits, chacune avec sa clé de répartition (page de la Sacem sur la répartition) :
| Droits | Exemples | Clé |
|---|---|---|
| Reproduction mécanique (clé PHONO) | Disques, supports enregistrés | Contractuelle : c'est l'accord entre les créateurs (et l'éditeur s'il y en a un), saisi sur la déclaration. C'est là que vont les pourcentages de ta split sheet. |
| Représentation (exécution publique) | Radio, télé, concerts, lieux publics | Fixée par les statuts. Œuvre sans éditeur : moitié aux auteurs, moitié aux compositeurs. Œuvre éditée : un tiers chacun pour l'auteur, le compositeur et l'éditeur. |
| Reproduction liée à la diffusion | Radio, télé, discothèques, copie privée | Fixée par les statuts. Œuvre sans éditeur : moitié auteurs, moitié compositeurs. Œuvre éditée : 25 % auteur, 25 % compositeur, 50 % éditeur. |
Et s'il y a plusieurs auteurs ou plusieurs compositeurs ? D'après le guide de déclaration en ligne de la Sacem, les droits d'exécution publique et radio-mécaniques se partagent par défaut à égalité à l'intérieur de chaque catégorie, quelle que soit la clé PHONO saisie. Une case permet de choisir l'inverse : appliquer à l'intérieur de chaque catégorie le même partage que la clé PHONO.
Reprends l'exemple du tableau précédent, sans éditeur, avec le partage par défaut. En exécution publique, la moitié des auteurs se partage entre l'artiste et le coauteur, la moitié des compositeurs entre le beatmaker et le coauteur : 25 %, 25 % et 50 %. Exactement la colonne « musique et paroles à moitié ». Si vous avez signé des parts égales, la clé PHONO suivra vos 33 %, mais pas forcément le reste. Regarde l'aperçu du partage avant de signer la déclaration : le formulaire en ligne le montre.
À l'étranger, chaque société a sa façon de saisir les mêmes parts. À l'ASCAP, aux États-Unis, la part des auteurs totalise 50 % et celle des éditeurs 50 % (aide de l'ASCAP) ; chez BMI, les parts des auteurs totalisent 100 %, et sans éditeur la part éditoriale revient aux auteurs dans les mêmes proportions (formulaire de BMI). Si un coauteur est affilié ailleurs, gardez tous la même feuille sous les yeux.
Après la signature : déclarer, créditer, archiver
- Envoie une copie à chacun. Un PDF au nom du morceau, dans un dossier que tous les créateurs peuvent ouvrir. Une feuille qui n'existe que sur un téléphone n'existe pas.
- Déclare l'œuvre. Depuis ton espace membre Sacem, tu saisis les participants et la clé PHONO, puis tu signes avec un code reçu par SMS. Les autres créateurs reçoivent un email pour signer à leur tour, et la déclaration n'est validée qu'une fois signée par tous. Un créateur non membre peut signer aussi, depuis le lien reçu par email. Attention : un dépôt sur Musicstart protège une œuvre, il ne déclenche pas la répartition de tes droits (guide de la Sacem).
- Crédite. Les crédits saisis chez le distributeur doivent suivre la feuille : producteur, plus compositeur ou auteur pour chaque créateur, sous le nom demandé par chaque champ. Le détail est dans le guide pour vendre des beats en ligne, partie crédits et droits.
- Sépare l'argent de l'enregistrement. Les partages proposés par les distributeurs, comme les Splits de DistroKid, répartissent les revenus que le distributeur verse pour la sortie. Les droits d'auteur passent par la Sacem et les éditeurs. Régler l'un ne règle pas l'autre.
Les erreurs qui coûtent de l'argent aux beatmakers
- Attendre que le morceau marche. Se mettre d'accord sur 10 % de rien, c'est facile. Sur 10 % d'un tube, beaucoup moins.
- Un total qui ne tombe pas juste. 30 + 30 + 30, ce n'est pas un partage. Corrige la feuille, pas le formulaire de déclaration.
- Des noms d'artiste seulement. Sans nom légal ni numéro IPI, la société ne retrouve pas le créateur.
- Oublier le sample ou la boucle. Son propriétaire, lui, n'oubliera pas une fois le morceau sorti.
- Des titres différents d'une déclaration à l'autre. « Night Drive », « Night Drive (Remix) » et « NIGHTDRIVE v3 » peuvent devenir trois œuvres.
- Mélanger le master et l'œuvre. Des royalties producteur sur l'enregistrement et une part de compositeur sur l'œuvre, ce sont deux choses différentes. Écris-les à deux endroits différents.
- Pas de signature. Une feuille non signée, c'est un brouillon, pas un accord.
Une page, dix minutes en session, et le morceau peut payer tous ceux qui l'ont écrit aussi longtemps qu'il tourne. Imprime le modèle, garde quelques exemplaires au studio, et envoie le PDF avec chaque licence qui devient une sortie.
FAQ
Une split sheet a-t-elle une valeur juridique ?
C'est un accord écrit, signé par tous ceux qui ont écrit le morceau : une preuve solide de ce que vous avez convenu. Son poids en cas de litige dépend du droit applicable et de tes autres contrats, comme la licence du beat ou un contrat d'édition. Pour une grosse sortie, fais relire le tout par un avocat spécialisé en musique.
Faut-il une split sheet pour une prod louée ?
Oui, dès qu'un morceau construit sur ta prod va sortir. Ta licence dit peut-être déjà quelle part de l'œuvre tu gardes : la split sheet doit alors la reprendre, et elle ajoute ce que la licence ne peut pas savoir, comme les autres auteurs du morceau et leurs coordonnées.
La split sheet remplace-t-elle la déclaration à la Sacem ?
Non. Elle consigne l'accord. L'œuvre doit ensuite être déclarée à la Sacem (ou à la société de chacun), avec le même titre et les mêmes pourcentages, et la déclaration en ligne doit être signée par tous les créateurs.
Faut-il être membre de la Sacem pour signer ?
Non : d'après le guide de déclaration en ligne de la Sacem, un créateur non membre reçoit un lien par email pour signer la déclaration. L'adhésion n'est pas obligatoire, mais c'est elle qui te permet ensuite de percevoir les droits que la Sacem gère pour toi. Vérifie les conditions à jour sur sacem.fr.
Quel pourcentage pour le beatmaker ?
Il n'y a pas de chiffre officiel : les sociétés de gestion laissent les parts aux créateurs. Deux points de départ simples : une part égale pour chacun, ou la moitié pour la musique et la moitié pour les paroles, chaque moitié partagée entre ceux qui l'ont écrite. L'essentiel, c'est que tout le monde soit d'accord et signe avant la sortie.
Et si quelqu'un refuse de signer ?
Ne sors pas le morceau tant que ce n'est pas réglé : une part non signée, c'est exactement ce qui bloque la déclaration et les paiements ensuite. Mets le désaccord par écrit, propose des parts fondées sur qui a écrit quoi, et si rien ne bouge, passe par un médiateur ou un avocat avant la sortie.


