- Un placement commence par un contact, pas par une prod. La plupart des beatmakers passent presque tout leur temps à faire des prods et un peu à démarcher. Ce devrait être presque l'inverse.
- Va directement chercher ceux qui choisissent : les A&R, les managers et les artistes eux-mêmes, par mail ou sur WhatsApp.
- Cherche les gens des majors sur LinkedIn. Ils sont sans doute bien moins sollicités par les beatmakers que les artistes.
- Envoie un ou deux mails avec trois prods au maximum : des MP3 tagués, chacun avec un nom clair.
- Ne compte pas tes envois. D'expérience, beaucoup de prods sont écoutées et pas retenues, et un refus peut quand même apprendre ton style à l'artiste.
- Règle le partage avant la sortie. Sur nos placements : la moitié pour le côté artiste, la moitié pour le côté prod.
La plupart des conseils sur les placements sont écrits depuis la chaise du studio : fais de meilleures prods, poste plus, attends. Chez Navigators Crew, se faire entendre était un travail à part entière. Une personne de l'équipe s'en occupait et contactait directement les A&R, les managers et les artistes. Cette personne, c'était moi. L'équipe a placé des titres sur des sorties d'artistes majeurs : 4 certifiés or, 3 platine.
Ce guide, c'est ce côté-là du travail. Pas de liste de contacts secrète, pas de service payant d'envoi de prods. Juste ce qu'on faisait, et ce que je dirais à n'importe quel beatmaker qui veut son premier placement.
Ce qu'est un placement
Un placement, c'est un morceau construit sur ta prod et sorti officiellement par un artiste, en général avec une équipe ou un label derrière. C'est un autre chemin que la vente de licences. Avec une licence, l'artiste trouve ta prod dans ta boutique et la prend. Avec un placement, quelqu'un choisit ta prod pour un projet : l'artiste, son manager, un A&R. On y arrive en étant devant ces personnes au moment où elles choisissent. Le mot a aussi un autre sens, la synchro : une musique placée dans un film, une série, une pub ou un jeu vidéo. C'est un autre marché, avec ses propres contacts et contrats, que ce guide ne traite pas.
C'est pour ça que la prod n'est que la moitié du travail. L'autre moitié, c'est d'être connu de ceux qui choisissent. Le placement est aussi une source de revenus parmi d'autres, à côté des licences et des exclusivités : gagner de l'argent en tant que beatmaker fait le tour de la question.
L'erreur que je vois le plus : faire des prods et attendre
La plupart des beatmakers qui veulent des placements ne sont pas proactifs. Ils font des prods, en envoient éventuellement quelques-unes quelque part, et retournent faire des prods. Ils ne se créent jamais un vrai réseau, ni une vraie dynamique d'envoi, avec des contacts fréquents pour marquer leur terrain.
L'équilibre habituel, c'est surtout de la prod et un peu de démarchage. Ce devrait presque être l'inverse. Tes prods comptent, mais un artiste ne peut choisir qu'une prod qu'il a entendue, envoyée par quelqu'un dont il se souvient.
Qui contacter
N'aie pas peur d'aller chercher les artistes directement, là où ils sont. Il y a énormément de moyens. Voici les personnes qu'on contactait.
| Qui | Son rôle | Comment on les joignait |
|---|---|---|
| A&R (ou DA, directeur artistique) | Travaille pour le label : repère des artistes et des morceaux, fait venir des beatmakers sur un projet (la description du métier par Berklee, en anglais). | Par mail |
| Manager | Travaille pour l'artiste, et décide d'une bonne partie de ce qui lui arrive. | Par mail, puis sur WhatsApp une fois le numéro obtenu |
| L'artiste | Pèse lourd dans le choix final, avec son manager et son label. | En direct, par mail ou sur WhatsApp |
| Les gens des majors | Les salariés du label qui travaillent sur les projets des artistes. | Trouvés sur LinkedIn, puis contactés par mail |
La dernière ligne, c'est celle que la plupart des beatmakers oublient. Tout le monde écrit à l'artiste. Beaucoup moins vont chercher les gens qui travaillent en major sur LinkedIn, récupèrent un contact puis une adresse mail, et écrivent à quelqu'un qui reçoit sans doute bien moins de messages de beatmakers. Ton mail a donc sans doute plus de chances d'être lu.
Où trouver les contacts
Les contacts ne sont pas secrets, ils sont éparpillés. Quelques endroits où chercher :
- LinkedIn. Cherche le nom d'un label avec « A&R » ou « directeur artistique », ou le nom d'un artiste de son catalogue. Beaucoup de salariés de labels y indiquent leur poste.
- Les crédits. Spotify affiche les crédits d'un morceau, auteurs et producteurs compris quand le label ou le distributeur les a renseignés, et le label est indiqué sous chaque sortie. Lire les crédits des artistes que tu vises te dit qui travaille autour d'eux.
- Les réseaux de l'artiste. Les emails pro dans les bios Instagram ou YouTube, les contacts de management et de booking. L'adresse du manager y est souvent déjà.
- Les managers eux-mêmes. Une fois qu'un manager a répondu, demande-lui si tu peux envoyer des prods sur WhatsApp. C'est comme ça qu'on obtenait les numéros WhatsApp.
Écris à des adresses professionnelles, au sujet de leur travail, une personne à la fois, sous ton vrai nom, et arrête si on te le demande : c'est aussi ce que la CNIL attend d'un démarchage par email entre professionnels. Un démarchage, c'est une personne qui écrit à une autre : n'ajoute jamais ces contacts à ta newsletter, une liste email demande leur consentement.
Quoi envoyer : trois prods, taguées, bien nommées
Ce qu'on envoyait était simple, et toujours sous la même forme : un ou deux mails, avec trois prods au maximum. Des MP3 avec le tag dedans, et des noms de fichiers qui disent exactement ce qu'est chaque prod. Par mail, ou sur WhatsApp une fois le numéro obtenu.
- Trois prods au maximum. Assez pour montrer une direction, sans demander une heure de son temps à quelqu'un.
- Du MP3 avec le tag. Assez léger pour être écouté directement sur un téléphone, et le tag garde ton nom sur la prod pendant qu'elle circule. Le WAV sans tag et les pistes séparées viennent après, quand quelqu'un veut la prod.
- Des noms qui travaillent pour toi. Un fichier « prod 4 final.mp3 » se perd dans un dossier de téléchargements. Mets ton nom, le titre de la prod, le tempo et la tonalité, par exemple
TonNom - Titre - 92 BPM - Do min.mp3. - Des prods qui tiennent la route. Ta prod sera écoutée juste après des morceaux déjà sortis. Compare-la à une référence commerciale avant de l'envoyer : mixer et masteriser ses beats donne l'ordre des opérations.
Objet : 3 prods pour [Artiste], de la part de [ton nom]
Bonjour [prénom],
Je suis [ton nom], beatmaker [une ligne de preuve réelle, si tu en as une]. Voici trois prods que j'ai faites en pensant à [Artiste] :
[Ton nom] - [Prod 1] - 92 BPM - Do min.mp3
[Ton nom] - [Prod 2] - 86 BPM - Fa min.mp3
[Ton nom] - [Prod 3] - 140 BPM - La min.mp3
Les MP3 tagués sont en pièce jointe. Les WAV sans tag et les pistes séparées sont prêts si l'une d'elles te plaît.
[Ton nom] · [téléphone] · [lien de ta boutique]
Reste aussi court. Les prods parlent d'elles-mêmes ; le mail doit juste les faire écouter.
Ne compte pas tes envois
Ne compte surtout pas combien de prods tu envoies. Il y a très peu de placements par rapport au nombre de prods envoyées, et compter ne fera que te décourager. Certains mails ne seront jamais ouverts, et d'expérience, la plupart des prods écoutées ne sont pas retenues.
Ce n'est pas perdu pour autant. Une prod qu'un artiste refuse peut quand même lui apprendre ton style. Au gré de ces refus, il peut découvrir ce que tu fais, commencer à t'identifier, et au moment opportun pour un projet, savoir vers qui se tourner. Rien n'est garanti, mais c'est ça, installer un terrain avec un artiste : être le nom qu'il connaît déjà quand il a besoin de quelque chose.
Alors garde un rythme : des prods nouvelles, des contacts réguliers, les mêmes personnes dans la durée. Un simple tableur avec le contact, la date et les prods envoyées suffit. Pas pour te mesurer, juste pour ne jamais envoyer deux fois la même prod à la même personne.
Quand un artiste veut une prod
Le jour où quelqu'un dit oui, tout va vite. Prépare ceci avant de commencer à envoyer :
- Les fichiers. Le WAV sans tag et les pistes séparées (chaque son sur sa propre piste), nommés aussi clairement que le MP3.
- Tes samples et tes boucles. Un sample tiré d'un disque doit être autorisé avant la sortie. Les boucles achetées à d'autres producteurs viennent avec une licence : lis-la, certaines demandent un crédit ou une part quand un morceau sort commercialement. Mieux vaut le savoir avant que le label pose la question. Plus de détails dans où trouver des samples qu'on peut vendre.
- Le partage. Qui a écrit quoi, et quelle part de l'œuvre revient à chacun, signé avant la sortie. Prends le modèle gratuit de split sheet.
- Le contrat sur l'enregistrement. Une éventuelle avance, un forfait ou des royalties sur le master se fixent dans un contrat avec l'artiste ou le label. Fais-le par écrit, et pour une grosse sortie, fais-le relire par un avocat spécialisé en musique.
- La déclaration et les crédits. Déclare l'œuvre à la Sacem (ou à ta société de gestion) à partir des parts de la split sheet : à la Sacem, elles vont dans la clé PHONO, et les autres droits suivent des clés fixes (le détail est dans le guide de la split sheet). Vérifie aussi tes crédits de producteur et de compositeur sur la sortie. Aux États-Unis, SoundExchange collecte des droits sur l'enregistrement auprès des radios numériques comme SiriusXM, Pandora ou iHeartRadio, pas sur l'écoute à la demande. Un producteur peut toucher une partie de la part de l'artiste principal sur cet argent grâce à une lettre d'instruction (Letter of Direction) déposée par l'artiste : demande-la au moment de l'accord si le morceau est diffusé là-bas. Elle ne remplace pas tes royalties sur le master, qui viennent de ton contrat.
Comment on partageait les parts sur nos placements
Côté crédits, c'était très simple. Sur nos placements, le côté artiste gardait 50 % de l'œuvre et le côté prod 50 %. Quand d'autres beatmakers travaillaient sur un morceau, la règle de l'équipe ne changeait jamais : la moitié prod était partagée à égalité entre les beatmakers, toujours.
| Beatmakers sur le morceau | Côté artiste | Côté prod |
|---|---|---|
| Un | 50 % | 50 % |
| Deux | 50 % | 25 % + 25 % |
| Trois | 50 % | 16,67 % + 16,67 % + 16,66 % |
Personne n'impose ces chiffres : l'ASCAP, par exemple, laisse entièrement les pourcentages aux créateurs (à la Sacem, une partie de la répartition suit des clés fixes : le détail est dans le guide de la split sheet). Les parts égales étaient notre choix, pas une règle du droit d'auteur : elles évitent la discussion, ce qui permet de continuer à travailler ensemble. Ne mets sur la feuille que ceux qui ont vraiment écrit une partie du morceau, et quoi que vous décidiez, écrivez-le sur une split sheet et signez-la avant la sortie du morceau.
Par où commencer cette semaine
- Fais une courte liste d'artistes dont le son est proche de tes prods.
- Pour chacun, trouve le manager, le label et, sur LinkedIn, quelqu'un du label qui travaille sur ses projets.
- Choisis trois prods par artiste : des MP3 tagués, bien nommés, avec les WAV et les pistes séparées prêts derrière.
- Vérifie ta boutique. Un manager qui aime une prod va te chercher, et ton profil BeatStars est ta carte de visite.
- Envoie, note la date, et reviens avec des prods nouvelles.
Faire des prods, c'est la partie que tu aimes déjà. Le démarchage, c'est la partie qui les fait entendre. Donne-lui au moins autant de temps.
FAQ
Faut-il un manager pour placer ses prods ?
Non. Dans notre équipe, une seule personne démarchait les A&R, les managers et les artistes. Un manager peut ouvrir des portes, mais le démarchage direct marche si tu tiens le rythme, avec des contacts réguliers et des prods nouvelles.
Faut-il envoyer des prods taguées ou non taguées ?
On envoyait des MP3 tagués au premier contact : le nom du beatmaker reste sur la prod pendant qu'elle circule. Le WAV sans tag et les pistes séparées partent quand quelqu'un veut la prod.
Combien de prods envoyer à la fois ?
On en envoyait trois au maximum, en un ou deux mails : assez pour montrer une direction, assez court pour être écouté jusqu'au bout.
Comment trouver l'email d'un A&R ?
Commence par LinkedIn : cherche le nom du label avec A&R ou directeur artistique, puis trouve une adresse professionnelle. Les crédits sur les plateformes de streaming, les sites des labels et les contacts de management de l'artiste aident aussi. Écris au sujet de leur travail, une personne à la fois.
Comment se partagent les parts sur un placement ?
Il n'y a pas de règle officielle : c'est aux créateurs de se mettre d'accord. Sur nos placements, le côté artiste gardait 50 % et le côté prod 50 %, partagés à égalité entre les beatmakers du morceau. Mets-le sur une split sheet signée avant la sortie.
Combien de temps pour obtenir un placement ?
Il n'y a pas de délai type, et compter tes envois ne fera que te décourager. Très peu de prods sont placées par rapport au nombre envoyé. Chaque envoi peut quand même construire la relation, pour qu'au bon moment, l'artiste sache vers qui se tourner.


